Le Petit Chaperon Rouge est un des rares contes qui finissent mal. Ici, ni prince, ni mariage !
Nombreux sont ceux qui se sont penchés sur le sens caché du Petit Chaperon Rouge :
Pierre Saintyves voit une symbolique ritualiste : cycle des saisons et du soleil, rituel du Mai villageois... “ Le Petit chaperon est une sorte de personnification du mois des fleurs, le loup qui la dévore est une forme de l’hiver... A parcourir cette voie liturgique, on remonte vers l’origine des contes enchantés, quand l’année se partageait en deux saisons, l’été et l’hiver ”
Les contes de Perrault et les récits parallèles, Librairie critique, 1923
Yvonne Verdier observe dans les différentes versions traditionnelles le destin féminin, puberté, maternité, ménopause : “ Ce que dit le conte, c’est la nécessité des transformations biologiques féminines qui aboutissent à l’élimination des vieilles par les jeunes, mais de leur vivant. Il faut que l’enfant meure pour que la femme advienne ! ”.
“ Le Petit Chaperon Rouge dans la tradition orale ”, Le Débat, juillet/août 1980
Bernadette Bricourt entend dans le conte populaire l’expression d’un passage initiatique : “ la singulière alliance de la nourriture, de chemins semés de pointes, de grand-mère fricassée, de loup dépeceur et de fillette affamée place le conte sous le signe d’une double oralité, celle du boire et du manger, celle du parler et de l’entendre, celle du ventre et de la voix... de quoi satisfaire sa faim de nourritures psychiques ”. Elle y remarque aussi les traditions campagnardes et les rituels du mariage.
“ La cuisine du conte - galette au loup ” Les mots cannibales, oralité et dévoration, 1990
Bruno Bettelheim applique au Petit Chaperon Rouge la théorie œdipienne. Il n’aimait pas le conte de Perrault, à l’issue définitive et démonstrative. A travers le conte des Grimm, par contre, “ Le Petit Chaperon Rouge a perdu son innocence en rencontrant les dangers qui existent en elle et dans le monde. Elle l’a échangée contre une sagesse que seul peut posséder celui qui est né deux fois : celui qui non seulement est venu à bout d’une crise existentielle mais qui est aussi devenu conscient que c’est sa propre nature qui l’a plongé dans cette crise ”.
Psychanalyse des contes de fées, Laffont, 1976
Pierre Péju explique que le conte offre “ de faire comprendre imaginairement l’expérience de l’inhumanité physique avec la bête, le bestial, la notion et la vision de la bête sauvage mobilisant des couches très enfouies de notre inconscient. La fausse innocence du Petit Chaperon Rouge devant la supercherie du loup lui permet, en posant des appellations humaines sur les diverses parties de la bête, de mieux l’explorer, la découvrir, jouir du tout autre ”.
La petite fille dans la forêt des contes, Laffont, 1981
Claude de la Génardière pense que “ ce récit semble être devenu l’emblème des contes. Ses enjeux se prêtent particulièrement bien aux camouflages de la banalisation et du non-dit et cela du fait de la structure du Petit Chaperon Rouge. La figure du loup est là justement pour créer un intermédiaire-miroir entre des héroïnes de trois générations : elle médiatise le rapport qui les unit en le déplaçant sur l’animal, et si l’auditeur ou le lecteur se laisse séduire par le jeu du loup, comme l’enfant du conte, il perd de vue ce qui se joue entre mère-enfant-grand-mère. Ainsi, le conte occulte tout en l’exposant le rapport des générations, tout à fait crucial dans notre société ”.
Encore un conte ? le Petit Chaperon Rouge à l’usage des adultes, Presses Universitaires de Nancy, 1993

Les contes de Fées par Charles Perrault
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